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Appel à communication colloque :“(L)imite : imitation et limitations à l’Époque moderne en France et en Europe”(Université de Rouen, 3-4 juin 2027)

L’Époque moderne, tant d’un point de vue littéraire qu’historique, couvre la période allant de la Renaissance (fin du XVe siècle) jusqu’aux révolutions du XVIIIe siècle – siècle dit des “Lumières” (Age of Reason ou Englightenment en anglais)- qui bouleversent l’ensemble de l’espace européen.

Cette longue période marque en Europe un profond renouvellement intellectuel et artistique, nourri par un contact approfondi avec les sources antiques, et indissociable d’un réinvestissement de la théorie de la mimèsis comme image du réel. La notion s’avère doublement ambiguë, par sa double origine (platonicienne et aristotélicienne) et sa double valeur : comme représentation idéalisée ou comme imitation. Sur le plan pictural, le développement de la perspective — notamment à travers le De pictura de Leon Battista Alberti (1435) et le De prospectiva pingendi de Piero della Francesca (1472, publié en 1482) — s’inscrit dans la dernière de ces orientations : l’œuvre d’art se pense comme une image fidèle, ou trompeuse, du réel. Sur le plan littéraire, l’importance de la notion esthétique de vraisemblance et son corrélat éthique, le decorum — soit l’influence de la Poétique d’Aristote infléchie par la lecture d’Horace — participent d’un système de représentation où le rapport au réel est plus médiatisé.

Si l’imitation (du latin imitatio qui traduit mimèsis) se présente ainsi d’un côté comme image du réel, elle renvoie de l’autre à une pratique référentielle d’émulation et de reprise. En effet, l’imitation artistique se conçoit, à partir des théoriciens italiens du XVIe siècle, moins comme une imitation directe de la nature (fût-elle « belle nature » idéalisée), que comme une imitation des écrivains grecs et romains, considérés comme les modèles d’une bonne imitation. La pratique la plus répandue consiste à citer ou à s’approprier des idées, des formules, des topoï empruntés aux Anciens, à ses prédécesseurs ou ses contemporains. Cette référentialité essentielle est rarement explicitée à l’époque considérée, car la citation sans mention de sa source est précisément ce qui manifeste, alors, l’érudition de l’auteur. Il en résulte des textes où les frontières entre texte originel et texte de reprise s’effacent — et où l’imitation est autant redéploiement que délimitation. Le voyage en Italie, pratiqué par de nombreux auteurs de toute l’Europe, est conçu comme un retour aux sources où l’artiste vient s’immerger parmi les traces laissées par les Anciens, espérant alors, fort de ce contact direct malgré les siècles, pouvoir au mieux les imiter. Goethe, l’un de ces auteurs voyageurs, n’hésite pas à se mettre en scène dans “la campagne romaine”, selon le titre du portrait de Tischbein. De son côté, Winckelmann relance le débat sur l’imitation absolue des Anciens, et en particulier de l’Antiquité grecque, jusque dans les modes de vie : alors que des genres modernes comme les contes et les romans picaresques, en rupture affichée avec l’Antiquité et favorisant une logique parfois du débordement, connaissent un succès croissant dans toute l’Europe, la fin de la période voit donc aussi un retour volontiers outré à l’imitation et à la (dé)limitation en littérature et dans les arts en général.

C’est précisément ce passage de l’imitation à la limitation qui constituera le fil conducteur de ce colloque, dans toute la diversité de ses manifestations. Du latin limes, la limitation renvoie à la notion de frontière, centrale à plusieurs égards. Sur le plan géopolitique, l’affirmation de centres de pouvoir et de zones périphériques redessine l’espace européen. Ainsi, à l’heure même où les pays du Vieux Continent affermissent et durcissent leurs frontières nationales, l’Europe se consitute d’autant plus en tant que vivier culturel et devient le théâtre de circulations artistiques et littéraires d’un dynamisme sans précédent. Mais les frontières ne sont pas seulement terrestres : la (re)découverte des Amériques ouvre de nouvelles routes maritimes et entraîne l’acquisition de territoires ultramarins, repoussant les limites du monde connu. Dans un registre politique plus intérieur, la limitation, quand elle parvient à s’affirmer, prend aussi la forme de l’oppression et de la censure — qu’il s’agisse de la répression du protestantisme lors des guerres de Religion ou du contrôle culturel exercé sous le règne absolu de Louis XIV : pouvoir qui se confronte à ses propres limites. D’autres régimes dans l’espace européen font en parallèle une expérience différente de la limitation en termes géopolitiques, ce qui a conduit alors à penser le pouvoir autrement. Quand en Angleterre celui-ci est traversé par une crise liée à la séparation, le roi légitime devant fuir, vivre et même mourir hors des frontières de son royaume après la révolution, d’autres pays fonctionnent selon une logique du morcellement, comme l’Allemagne et l’Italie, particularités dont témoignent les aventuriers qui sillonnent l’espace européen, au premier chef desquels Casanova.

Les limites peuvent ainsi se révéler poreuses, notamment lorsqu’il s’agit de frontières disciplinaires. Les récits de voyage relatant les rencontres avec de nouvelles populations et les découvertes géographiques participent de la recon- figuration d’un imaginaire spatial et anthropologique, tout en constituant des objets d’étude littéraires à part entière. De même, les mémoires — de Fairfax à Henri de Mesmes et de Bussy-Rabutin au Cardinal de Retz — témoignent entre les lignes d’une autre vision de l’histoire portée par les vaincus ou d’un autre rapport de l’individu au groupe : Jean-Jacques Rousseau et surtout Rétif de La Bretonne par exemple exposent ainsi volontairement dans ce qu’elle peut avoir de plus cru leur intimité, au nom d’une sincérité nécessaire, que personne avant eux n’aurait pratiqué au même degré. Ces exemples illustrent combien l’approche interdisciplinaire n’est pas seulement une méthode de travail, mais une nécessité imposée par les objets eux-mêmes.

La question des limites s’étend enfin à la matérialité du texte, inséparable depuis son origine de l’interrogation sur sa propre nature. Les supports présentent des degrés variables de fragilité ; les dimensions de la page imposent des contraintes de contenu tandis que se multiplient les formats, donc les usages, du livre. Ces limites touchent également aux formes poétiques et génériques : dans le domaine dramatique, Molière développe ainsi la comédie-ballet, intégrant les intermèdes au sein même de la pièce et mêlant ars dramatica, musique, chant et ballet, quand Schiller réintroduit les chœurs antiques dans ses pièces. Plus facétieux, Cyrano de Bergerac inclut des partitions musicales dans ses romans en guise de langage extraterrestre, alors que Laurence Sterne dans son Tristram Shandy joue sur les limites du typographique en insérant des pages complètement noires. Cette hybridité générique s’exerce pourtant dans un cadre qui se veut parfois bien régulé, en particulier en France à travers par exemple le contrôle de l’Académie française (fondée en 1635) et des diverses académies instituées tout au long du XVIIe siècle.

Dans cette perspective, les humanités numériques s’imposent comme un champ de recherche transversal, à même de renouveler l’étude de ces objets. En intégrant des méthodologies de préservation, d’analyse, d’édition critique et de développement d’outils, elles permettent non seulement de conserver et diffuser les textes, mais aussi d’interroger autrement leurs conditions de production, de circulation et de réception. À ce titre, elles constituent un axe à part entière de ce colloque, en dialogue avec les autres problématiques évoquées.

Axes thématiques

Ce colloque vise à réunir des spécialistes issus de disciplines variées pour une réflexion interdisciplinaire sur ces deux macro-notions — imitation et limitation — et leurs déclinaisons dans l’espace francophone et européen de l’Époque moderne. Les axes suivants, non exhaustifs, orientent les propositions :

  • La mimèsis et ses limites : la littérature et les arts comme imitation du réel. Cet axe sera l’occasion de mesurer l’importance de l’imitation de la nature : dogme ou repoussoir ? Quelle place accorde-t-on à la fantaisie ? Pourront être proposées ici des études sur le développement de la pensée au sujet de la notion de « vraisemblance » et sur d’éventuelles évolutions thématiques auxquelles ces réflexions ont pu mener (abandon ou transfor- mation de la part accordée au merveilleux, débats sur la place à accorder aux croyances païennes et sur la pertinence des représentations mytholo- giques, etc.). Une place singulière sera accordée au sein de ce premier axe à la question spécifique de la vocation mimétique (ou non) de la musique à l’âge classique : pensée comme un art mimétique par Aristote, et classée par Leibniz parmi les arts abstraits, quel rapport entretient-elle au cours de la période considérée avec la question de l’imitation du réel ?
  • L’imitation, entre émulation et limitation. Quel est le statut de l’imitation, directe ou indirecte, dans la création littéraire ou musicale de la première modernité ? On pourra s’intéresser ici aux enjeux des grandes disputes poétiques (ainsi autour du Cid ou de La Princesse de Clèves, à la querelle des Anciens et des Modernes ou à celle des Lullystes opposés aux Ramistes). Autre versant de la même question : celle de la place des femmes assumant (ou non) leur pratique d’écrivaines ou de peintres, avec ce que ce choix impose comme performance de genre, entre reprise et refus des postures établies.
  • Frontières et (dé)limitation : cet axe invite particulièrement des ré- flexions sur la circulation des oeuvres dans l’espace européen. On peut penser à la traduction et la réception internationale (ou, éventuellement, provinciale) comme prolongement, adaptation, infléchissement, détour- nement. Comment une oeuvre est-elle modifiée en passant d’une zone géographique et culturelle à une autre, et dans quels buts ? Ces modifica- tions imposent-elles des restrictions à l’oeuvre originelle ou, au contraire, peuvent-elles en décloisonner certains aspects ? L’imitation et ses limites, qu’elles soient géographiques (zone d’influence) ou poétiques (accultura- tion). Mais aussi les représentations de la frontière, avec par exemple les récits de voyage et les traités philosophiques comme politiques, et ce qu’elles disent de l’espace européen d’alors : est-il perçu comme un ensemble morcelé ou comme un tout englobant ?
  • Limitations politiques et idéologiques de la reproduction : cen- sure, privilèges, contrefaçon. Cet axe s’inscrit dans l’évolution du paysage éditorial européen sous l’Ancien Régime, avec son régime officiel de permissions et de privilèges, doublé de la circulation non autorisée de contrefaçons et d’éditions pirates.
  • Limitations matérielles de la reproduction. Seront abordées ici par exemple les questions de difficultés pratiques éditoriales, les conditions d’impression comme de conservation des documents, ou encore la (bonne ou mauvaise) qualité des matériaux utilisés. On pourra aussi envisager le problème de la répartition des formats par genres, de l’adjonction de gravures potentielles ainsi que des difficultés de mise en page ou de notation, pour la musique par exemple.
  •  Œuvres limites défiant les normes esthétiques ou morales, les limites du « bon goût » associé parfois abusivement aux œuvres d’Ancien Régime.
  • Humanités numériques comme domaine d’étude transversal. Les humanités numériques inviteront enfin à repenser les limites disciplinaires, à travers le chevauchement qu’elles opèrent entre culture classique — traditionnellement associée au « grand dix-septième siècle » — et approches d’analyse techniquement innovantes.

Modalités de soumission

Les propositions ne devront pas excéder 500 mots et seront accompagnées d’une brève notice biobibliographique et de 5 mots-clés. La date limite de soumission est fixée au 2 novembre 2026 ; celles-ci doivent être envoyées à l’adresse colloquelimite@protonmail.com. Les propositions feront l’objet d’une double évaluation par le comité d’organisation et le comité scientifique ; les résultats seront communiqués au plus tard le 15 décembre prochain. Le colloque se tiendra les 3 et 4 juin 2027. Les actes du colloque feront l’objet d’une publication.

Bibliographie indicative

  • BECQ, Annie, Genèse de l’esthétique française moderne. De la raison classique à l’imagination créatrice (1680-1814), Albin Michel, 1994.
  • CARTER, Sarah, Early Modern Intertextuality, Springer International Publishing, 2021.
  • CARRON, Jean-Claude, « Imitation and Intertexuality in the Renais- sance », New Literary History, vol 19, n° 3, 1988, p. 565–579
  • DOUGUET, Marc, « Entrée en scène, entrée en acte », Agôn, n° 5, Asso- ciation Agôn, janvier 2013, en ligne, https://journals.openedition.org/ago n/2346.
  •  ESMEIN-SARRAZIN, Camille, L’Essor du roman. Discours théorique et constitution d’un genre littéraire au XVIIe siècle, Honoré Champion, 2008.
  • FRANSEN, Sietske et Katherine M. REINHART, “The practice of copying in making knowledge in Early Modern Europe : an introduction”, Word & Image, vol.35, n°3, p.211–222
  • GALEY, Alan, The Shakespearean Archive : Experiments in New Media from the Renaissance to Postmodernity, Cambridge University Press, 2014. • GRANDE, Nathalie, Stratégies de romancières. De Clélie à La Princesse de Clèves (1654-1678), Honoré Champion, 1999.
  • HOBSON, Marian, The Object of Art : The Theory of Illusion in Eighteenth- Century France, Cambridge University Press, 1982.
  • JASMIN, Nadine, Naissance du conte féminin. Mots et Merveilles : les contes de fées de Madame d’Aulnoy (1690-1698), Honoré Champion 2002.
  • KREMER, Nathalie, Vraisemblance et représentation au XVIIIe siècle, Honoré Champion, 2011.
  • LICHTENSTEIN, Jacqueline, La couleur éloquente : rhétorique et peinture à l’âge classique, Flammarion, 1989.
  • MORTIER, Roland, L’originalité : une nouvelle catégorie esthétique au siècle des lumières, Droz, 1982.
  • RESCIA, Laura, « Ne pas dire et dire : émotion censurée et exprimée dans le théâtre français du XVIIe siècle (1630-1698) », Littérales, vol. 42, n° 1, Persée – Portail des revues scientifiques en SHS, 2008, p. 67‐81.
  •  SPICA, Anne-Élisabeth, Savoir peindre en littérature : la description dans le roman au XVIIe siècle : Georges et Madeleine de Scudéry, Honoré Champion, 2002.
  • TURNOVSKY, Geoffrey, The Literary Market : Authorship and Modernity in the Old Regime, University of Pennsylvania Press, 2010.

Comité scientifique
Tony Gheeraert (CÉRÉdI)
Claire Gheeraert-Graffeuille (ÉRIAC)
Anna Bellavitis (GRHis)
Mario Armellini (CÉRÉdI)
Floriane Daguisé (CÉRÉdI)
Karine Abiven (CÉRÉdI)

Comité organisateur
Federico Siragusa (CÉRÉdI)
Antoine Marchand (CÉRÉdI)
Nolwenn Pamart (CÉRÉdI)
Alice de Nanteuil(ERIAC)
Pauline Philipps (CÉRÉdI)
Amélie Briard (CÉRÉdI)
Audrey Gôme (GRHis)

Potrait de l'autrice, Alice Marion-Ferrand
Alice Marion-Ferrand

Programme: “Progrès, dégénérescence, stagnation” (Montpellier, 3 et 4 septembre 2026)

18e journées des doctorant.e.s et jeunes chercheur.euse.s de la Société d’Études Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles (SEAA 17-18) et de la Société Française d’Étude du Dix-huitième siècle (SFEDS), en partenariat avec la British Society for Eighteenth Century Studies (BSECS).

Jeudi 3 septembre

9h00-9h30 — Accueil des participant.e.s (Cour des marronniers, en face des salles)

9h30-9h45 — Ouverture (Salle des colloques 1)

9h45-10h45 — Session 1

Panel 1: Nature and Knowledge – Salle des colloques 1
Chair: Emily Whittingham 

Jessica Sherlock, McMaster University, ‘Taking Root and Bringing to Light: The Precarity of Improving Natural Knowledge in Stephen Hales and Joseph Priestley’

Lai Yan Wong, King’s College London, ‘Measuring Chinese plant knowledge in Enlightenment Britain’

Panel 2: Public Performance –
Salle des colloques 2

Chair: Alice Marion-Ferrand

Emily McDermott, King’s College London, ‘Dancing Cows or Dramatick Poesie?: “Improved” Acting on the Eighteenth-Century Stage’

Bojana Andjelković, University of Belgrade, ‘Les portraits juxtaposés de la duchesse de Kingston et du comte Stiépan Zanović’

10h45-11h15 — Pause

11h15-12h15 — Session 2

Panel 3: Philosophising Progress -Salle des colloques 1
Chair: Marine Bastide de Sousa

Sabrina Consolati, Ca’ Foscari University of Venice and Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ‘Progrès scientifiques et catastrophe inéluctable : penser l’histoire dans le matérialisme français’

Kaitlyn, Sheung Chen, Université de Lille, ‘Progress in an Age of Decline: Reviewing Montaigne’s Conception of “Progrez”’

Panel 4: Health and Medicine –
Salle des colloques 2

Chair: Sarah Vidal

Alexandrea McHugh, University of Birmingham, ‘“It would tend greatly to the Safety and Convenience of the Inhabitants”: Improvement Acts and Public Health in Eighteenth-Century Britain’

Saliha Aklouf, Sorbonne Université, ‘Histoire de la circulation du sang : de Galien à Harvey, du progrès de la médecine à la satire médicale’

12h15-13h15 — Buffet (Cour des marronniers)

Panel 5: Colonial ‘Improvement’ – Salle des colloques 1
Chair: Emma Pearce

Scott Macfie, University of Glasgow, ‘Richard Oswald of Auchincruive: Slavery and Agricultural Improvement in South-West Scotland, 1764-1784’

Samuel Harrison, Turin Humanities Programme, ‘Reform the language, regenerate the people: the alphabetical imperialism of Volney’

Louise McCarthy, Université de Strasbourg, ‘“Newly augmented” and repurposed: Englishing European maps of distant lands in early 17th -century Britain’

Panel 6: Book History –
Salle des colloques 2

Chair: Megan Bennett

Can Kazan, University of Cambridge, ‘Mediators and Investors: Book Trade, Investment, and Advertising in late Stuart England’

Lucy Snow, Keele University, ‘“Your long detention of a parcel of old musty Parchments”: Stagnant Collaboration in Acquisitions to the Harleian Collection’

Lois Wignall, University of Liverpool, ‘”I…should have a great pleasure in Contributing my Mite to the Science”: Matthew Boulton’s Early Reading Strategies and their Applications’

14h45-15h15 — Pause

15h15-16h15 — Workshop “Working in and with museums and archives” (Salle des colloques 1)

16h15-17h15 — SEAA 17-18 meeting (Salle des colloques 1)

19h30 — Conference dinner

Vendredi 4 septembre

9h-9h30 — Accueil des participants (Cour des marronniers)

9h30-10h30 — Session 4

Panel 7: Philosophy and Time -Salle des colloques 1
Chair: Marine Bastide de Sousa

Camila Gonzalez-Aliaga, Université Sorbonne Nouvelle, ‘Post tenebras spero lucem: De la corruption du peuple au rétablissement de l’espoir’

Chiara Musolino, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ‘L’ordre et la durée : les cycles du temps chez les Troglodytes de Montesquieu’
Panel 8: Problematising Improvement -Salle des colloques 2
Chair: Emily Whittingham 

Yingnan Shang, University of Cambridge, ‘Forms of Uncertainty: Johnson, Language, and Eighteenth-Century Improvement’

Dimitris Dimitriou, Université Lumière Lyon 2, ‘A Side-Effect of Enlightenment Progress?: Naturalising Deviance in Eighteenth-Century Britain’

10h30-11h — Pause

11h-12h30 — Workshop ‘Faire de la recherche à l’international : enjeux, opportunités et perspectives pour les jeunes chercheuses et chercheurs’ (Doing Research Internationally: Challenges, Opportunities, and Perspectives for Early Career Researchers) (Salle des colloques 1)

12h30-13h30 — Buffet (Cour des marronniers)

13h30-15h — Session 5

Panel 9: Literary (Im)morality – Salle des colloques 1
Chair: Megan Bennett

Aino Haataja, Abo Akademi University, ‘Moral and societal improvement in Edgeworth’s Ormond (1817)’

Hannah Wilson, University of Cambridge, ‘“Give me a hint, an idea – of what you think right”: Coercive Control in Frances Burney’s Camilla (1796)’

Sara Leuner, Université Paris Cité and University of Liverpool, ‘The Rake’s Progress? Aesthetic stagnation and ideological degeneration of a literary predator’

Panel 10: Women and Nature –
Salle des colloques 2

Chair: Alice Marion-Ferrand

Alice de Nanteuil, Université de Rouen-Normandie, ‘Degeneration and Uprooted Trees in Gaelic Women’s Poetry’

Margot Gineste, Sorbonne Université, ‘Une dégénérescence de la nature au XVIIème siècle? La persistance de la représentation vitaliste de lanature dans la philosophie de Margaret Cavendish’



15h — Clôture

15h30-17h30 — Visite de la faculté de médecine

Potrait de l'autrice, Alice Marion-Ferrand
Alice Marion-Ferrand

CFP: « Progrès, Dégénérescence, Stagnation », JDJC (Montpellier, 3-4 sept. 2026)

18e Journées des Doctorants, doctorantes et Jeunes Chercheurs et Chercheuses de la SEAA 17-18 et de la SFEDS, organisées en partenariat avec la British Society for Eighteenth Century Studies (BSECS)

3-4 septembre 2026, Université de Montpellier Paul-Valéry

[English version below]

Comité d’organisation :

  • Emma Pearce (BSECS, Glasgow School of Art)
  • Hardeep Dhindsa (BSECS, Birmingham Museum and Art Gallery)
  • Rachel Bynoth (BSECS, Bath Spa University)
  • Marine Bastide de Sousa (SFEDS, Université de Lille)
  • Sarah Vidal (SEAA 17-18, Université de Montpellier Paul-Valéry)
  • Alice Marion-Ferrand (SEAA 17-18, Université de Montpellier Paul-Valéry)

Le 17 août 2020, la Faculté de Médecine de Montpellier a célébré le 800ème anniversaire de sa création, ce qui en fait le plus ancien lieu d’enseignement de la médecine encore en activité aujourd’hui. Tout au long de sa riche histoire, la Faculté de Médecine a permis de vastes échanges internationauxainsi qu’un grand nombre d’innovations dans les domaines de l’anatomie, de la botanique, de la chirurgie et de la pharmacie. Certaines de ces innovations ont façonné jusqu’à l’architecture même de la ville : créé en 1593, le Jardin des Plantes fut le premier jardin botanique universitaire de France. Il est encore aujourd’hui l’un des lieux emblématiques de la ville.

En lien avec le rôle joué par Montpellier dans le développement des connaissances médicales en Europe, le colloque de cette année étudiera les notions de progrès, de dégénérescence et de stagnation ou, en anglais, « improvement, degeneration, stagnation ».

Le scientifique français du XVIIIᵉ siècle Antoine-Laurent de Lavoisier est souvent associé à un principe qu’il entendait ériger en fondement de la chimie moderne : il formule l’idée selon laquelle lors d’une réaction chimique, la matière ne disparaît ni ne naît, elle se transforme. La formule devenue célèbre — « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » — condense l’esprit de son héritage intellectuel. Elle éclaire les résonances multiples des trois termes qui composent le titre de ce colloque, lesquels peuvent se rejoindre sous le signe du changement ou être envisagés comme trois dynamiques distinctes.

Notion cardinale de la pensée européenne de la première modernité, le progrès trouve dans le monde anglophone une déclinaison singulière à travers le terme improvement. Ce dernier, fréquent dans les discours anglais des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, renvoie à un processus d’amélioration progressive, mais ne recoupe pas exactement le sens que revêtent en français les notions de progrès ou d’amélioration. Cette nuance de traduction invite à s’interroger : que révèle cette spécificité lexicale sur la manière dont les sociétés britanniques conçoivent le développement matériel, moral et intellectuel ? Le progrès — ou son équivalent anglais — prend-il partout les mêmes formes ? Et inversement, les idées de stagnation ou de dégénérescence appellent-elles des distinctions semblables selon les contextes géographiques, culturels ou politiques ?

La notion de progrès possède également une dimension plus sombre. En lien avec la philosophie des Lumières, les puissances coloniales du xviiie siècle cherchèrent à « améliorer », c’est-à-dire à « civiliser » la plupart des peuples auxquels elles imposèrent leur domination, ce qui mena à la destruction de communautés et de cultures. Dans le contexte de l’esclavage aux Caraïbes par les Britanniques, les prétentions à « l’amélioration » (inscrites dans la loi Amelioration Act de 1798) furent un moyen pour les défenseurs du commerce d’esclaves de rejeter et donc de repousser l’abolition. De telles vues remettent en question les objectifs du « progrès » et mettent en lumière ses connotations potentiellement racistes et coloniales.

Nous invitons les participants à interpréter les termes de progrès, de dégénérescence et de stagnation de façon large, sans restrictions géographiques, étymologiques ou conceptuelles. Les propositions pourront s’intéresser aux questions suivantes (liste non-exhaustive) :

  • La matérialité de ces termes
  • Le bien-être social, moral et économique
  • Les perspectives médicales, incluant le développement de la médecine psychologique ou psychiatrique et des (pseudo-)sciences comme le spiritualisme ou l’alchimie
  • La question du goût, des mentalités, des valeurs et des distinctions entre groupes, tant dans le domaine social que littéraire
  • Les débats et évolutions concernant le langage
  • Les identités et comparaisons nationales, ainsi que la place des notions de progrès, de stagnation et de dégénérescence dans les rivalités entre nations
  • Le rythme du progrès et/ou de la dégénérescence
  • Science, innovation et développement des savoirs
  • Exploitation coloniale et esclavage
  • Religion, sécularisation et pensée des Lumières
  • Genre, sexualité et perception du corps féminin
  • Conception du progrès et de la dégénérescence dans l’art, le design et l’architecture ; ainsi qu’en littérature et philosophie
  • La notion de changement et la vision téléologique du progrès
  • Les ambiguïtés autour de la notion de progrès et les frontières incertaines entre le progrès, la dégénérescence et la stagnation

Les propositions de communication, en français ou en anglais, sont à envoyer à l’adresse montpellierconference2026@gmail.com, sous la forme d’un résumé de 250 mots assorti d’une courte biobibliographie. Les propositions d’ateliers, de tables rondes ou de séances complètes (entre 3 et 4 intervenants) doivent être accompagnées d’un résumé pour chaque proposition (250 mots) et d’une courte présentation du thème, des intervenants, et du/de la président.e de séance pressenti.e. Les propositions sont à envoyer avant le 31 mars 2026.

“Improvement, Degeneration, Stagnation”

BSECS/SEAA 17-18/SFEDS Postgraduate and Early Career Researcher Conference

3-4 September 2026, University of Montpellier Paul-Valéry

Conference Organisers:

  • Emma Pearce (BSECS, Glasgow School of Art)
  • Hardeep Dhindsa (BSECS, Birmingham Museum and Art Gallery)
  • Rachel Bynoth (BSECS, Bath Spa University)
  • Marine Bastide de Sousa (SFEDS, Université de Lille)
  • Sarah Vidal (SEAA 17-18, Université de Montpellier Paul-Valéry)
  • Alice Marion-Ferrand (SEAA 17-18, Université de Montpellier Paul-Valéry)

We invite proposals for papers for this year’s collaborative Postgraduate and Early Career Researcher Conference between the British Society for Eighteenth-Century Studies, the Société d’Études Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles and the Société Française d’Études du XVIIIe siècle, held at the University of Montpellier Paul-Valéry.

On 17 August 2020, the Faculté de Médecine de Montpellier celebrated the 800th anniversary of its foundation, making it the oldest medical university in the world still in operation. Throughout its long history, the Faculté de Médecine fostered vast international connections and promoted a large number of innovations in the fields of anatomy, botanics, surgery and pharmacy, some of which are reflected in the very architecture of the city: the Jardin des Plantes, for instance, was France’s first university botanical garden. Created in 1593, it is still a highlight of the city today.

Inspired by Montpellier’s role in the advancement of medical knowledge in Europe, this year’s conference will centre on the notions of improvement, degeneration and stagnation or, in French, progrès, dégénérescence et stagnation.

French eighteenth-century scientist Antoine-Laurent de Lavoisier held the reasoning that matter is neither destroyed nor created during a chemical reaction, but that it instead undergoes change. He naturally sought to make it into a law of modern science, and the coinage “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme” helps shed light on the complex and multiple aspects of this three-worded conference theme that may appear to describe one unique process as well as three distinct ones.

Referring to a process of gradual betterment, the notion of improvement became a key feature of English discourse during the seventeenth and eighteenth century. While improvement is close to the French progrès (progress) or amélioration (amelioration), there is no equivalent translation. We ask delegates to consider – is the concept of improvement inherently British? What shape does the drive towards material, moral and intellectual improvement take in various early modern contexts and places? Do degeneration and stagnation carry similar distinctions for different countries and communities?

Concepts of improvement also had a darker side. Aligned with Enlightenment thought, European colonial powers in the eighteenth century aimed to ‘improve’ and ‘civilise’ many of the people around the world whom they claimed dominion over, leading to the loss of native communities and cultures. In the context of British Caribbean slavery, claims of ‘amelioration’ (legislated through the Amelioration Act of 1798)were a means for supporters of the slave trade to delay abolition. Such views call into question the aims of ‘improvement’, or progrès,and highlight their potential racist and colonial connotations.

We invite delegates to interpret the terms improvement, degeneration and stagnation widely, with no geographical, etymological and conceptual bounds. Topics considering improvement, degeneration and stagnation could include, but are not limited to: 

  • The materiality of any of, or all, these terms
  • Social, economic, moral and physical wellbeing
  • Medical perspectives, including the development of psychiatric and psychological medicine and alternate (pseudo-)scientific endeavours such as alchemy or spiritualism
  • Ideas around taste, attitudes, values and class, both in the social and literary domains
  • Debates and evolutions regarding language
  • National identities and comparisons, as well as the place of notions of improvement, stagnation and degeneration in national rivalries
  • The pace of improvement and/or degeneration
  • Science, innovation and the improvement of knowledge
  • Colonisation and slavery
  • Religion, secularisation and Enlightenment thought
  • Gender, sexuality and the perception of the female body
  • Conceptions of improvement or degeneration in art, design and architecture; as well as in literature and philosophy
  • The notion of change and teleological narratives of progress
  • The ambiguities surrounding the notion of progress and the uncertain boundaries between improvement, stagnation and degeneration

All submissions should be sent to montpellierconference2026@gmail.com for consideration. Submissions can be in either French or English. For individual papers, please send abstracts of 250 words and a short biography. For fully formed panels, (3-4 speakers), roundtables or workshops please send abstracts of 250 words for each paper along with brief details of the proposed theme, biographies of speakers, and proposed chair. CFP opens 7th January 2026 and closes 31st March 2026.

Potrait de l'autrice, Alice Marion-Ferrand
Alice Marion-Ferrand

 

CFP : Sociabilités épistolaires en mouvement : message, médium et mobilité en Europe et dans les colonies au long XVIIIe siècle (1650-1850)

F. N. Bédigis, L’Art d’écrire : démontré par des principes approfondis, et développés dans toute leur étendue,
Paris : Butard, 1768, p. 34, disponible sur GallicaBNF.
Journée d’étude doctorant·es et jeunes chercheur·se·s 

Comité d’organisation :
Marilou Guen (HCTI, UBO)
Adnana Sava (HCTI, UBO)
Diana Rodová (CRBC & HCTI, UBO)

Comité scientifique :
Kimberley Page-Jones (HCTI, UBO)
Valérie Capdeville (ACE, Rennes 2)
Alain Kerhervé (HCTI, UBO)

Appel à communications

Le long XVIIIe siècle est reconnu par les spécialistes comme un âge d’or de l’écriture épistolaire, marquée par l’essor de réseaux de correspondances transnationaux et transatlantiques au sein des élites. Ce siècle, fort d’un engouement sans précédent, surtout en Grande-Bretagne, donne lieu à une floraison d’ouvrages relevant tantôt de la production savante (guides théoriques, manuels épistolaires), tantôt littéraire (romanesque, sentimentale, générale, de personnalités) contribuant au renouvellement des codes, des modèles (narratifs) et des représentations (souvent genrées) de l’écriture épistolaire. Parallèlement à cela, les avancées des modes et des moyens de transport, des dispositions logistiques, notamment via les systèmes de postes, redéfinissent les rapports à cette pratique sociale constamment mise à l’épreuve par les contraintes matérielles qui conditionnent sa genèse, son acheminement et sa conservation.
Si la critique a mis au jour, depuis plusieurs décennies, les corpus, les paramètres et les outils d’examen de cette « forme en transit » (Diaz, 2002 :8) qu’est la lettre – ce texte et objet « hybride » et « plurivoque » (Diaz, 2002 :68) –, la cartographie des réseaux épistolaires demeure relativement récente. Dans le même registre, la dimension sociale des correspondances et l’étude des diverses sous-catégories génériques de l’écriture épistolaire ont suscité de nouvelles approches et ont engagé des études transdisciplinaires sondant leurs rapports avec d’autres pratiques culturelles, au premier rang desquelles figure le voyage. La formule de Pierre-Jean Dufief l’illustre à tous points de vue : « La lettre voyage, naturellement, nécessairement » (Dufief, 2007 :5). Qu’il s’agisse des modalités d’écriture, des multiples cadres de son « nomadisme », ou encore des diverses interactions qu’elle ouvre avec l’ailleurs, l’autre et soi(-même), la lettre amplifie, prolonge et renouvelle les espaces du dialogue. De fait, elle constitue à elle-même un espace de sociabilité où interagissent et s’entrecroisent nombre de paramètres – voix, lieux communs, imaginaires, etc. – dans lesquels expéditeurs, destinataires, lecteurs de soi et de l’autre partagent tous l’impératif du déplacement auquel est soumis le texte qui les met en correspondance. N’est alors plus seulement sondé ce que la missive transmet, mais ce qu’elle incarne.
Cette journée d’étude se propose ainsi d’interroger les dynamiques de ces liens d’inter-médiation et d’inter-dépendance qui s’articulent entre la lettre et ses circulations, qu’elles soient matérielles ou figurées, en se concentrant sur trois axes :

• le message (le sens de la lettre, ce qu’elle transmet…),

• le médium (la matérialité de la lettre et ses potentialités, comme support, vecteur d’idées, de savoirs, d’émotions, de sociabilité(s)),

• la mobilité (les considérations logistiques, le voyage physique ou symbolique, réel ou figuré qu’elle implique, les mouvements de la lettre).

Les propositions articulant deux des trois axes choisis pour cette journée et les études comparatives sont encouragées. Dans cette perspective, les communications pourront envisager les directions suivantes :

• La matérialité de la lettre et les dispositifs logistiques qui conditionnent l’échange épistolaire. On pourrait ainsi s’interroger sur la manière dont le parcours physique – qu’il s’agisse de services de poste, d’acheminement maritime, ou d’autres formes de circulation–, ainsi que l’ensemble des contraintes liées à leur mobilité matérielle, ont influencé la bonne (ou mauvaise) réception des lettres ; par extension, sur la qualité et la nature des relations qui existent entre l’expéditeur et le destinataire.

• La matérialité de la lettre, qu’elle soit manuscrite ou non, et le sens qu’elle révèle ou, au contraire, qu’elle dissimule. Pourront être étudiés les éléments paratextuels de la lettre, mais aussi les traces du temps, les dessins, les déchirures, les signes et autres marques qui modifient et transforment à la fois le message qu’elle porte et la valeur qui lui est attribuée.

• La lettre comme médium ne se limitant pas à la transmission ou à l’échange d’informations, mais participant également à l’instauration et à l’entretien de liens de sociabilités, tout en articulant sa dimension discursive à sa dimension tangible.

• La dimension narrative de la lettre, résidant dans sa capacité à prolonger le voyage de l’expéditeur et du destinateur, par le recours à la description et à l’évocation sensorielle. Elle peut alors devenir le support d’un déplacement figuratif en transmettant sur papier l’expérience d’un ailleurs.

Modalités de soumission

Cette journée d’étude s’adresse, en premier lieu, aux doctorant·es, jeunes chercheur·se·s et docteur·e·s ayant récemment soutenu leur thèse. Les projets de communication d’étudiant·es de master seront considérés avec intérêt.

Les propositions individuelles, rédigées en anglais ou en français, contenant nom, prénom, statut, affiliation, discipline, titre de la communication et un court résumé (300 mots), ainsi qu’une notice bio-bibliographique, doivent être transmises au plus tard le 15 décembre 2025 à l’adresse suivante : je.travellingletter@gmail.com.
Les interventions ne devront pas excéder 20 minutes. La réponse sera donnée la première semaine de janvier 2026.

La journée d’étude se tiendra en présentiel à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université de Brest, 20 rue Duquesne, à Brest, le 13 mars 2026.

Cette manifestation scientifique s’inscrit dans le cadre des activités organisées par le GIS Sociabilités (https://gis-sociabilites.org/), et s’intègre au programme scientifique 2022-2026 par les axes suivants :

*Sociability of Things : Sociability and objects (The circulation of commodities : from local to global perspective)

*Sociability and Travel : The Traveller’s Sociability (Means of transportation, The logistics of hospitality: planning, letters of introduction)

Par les thématiques dont elle traite, elle rejoint également le séminaire interdisciplinaire 2024-2026 du GIS : « The Politics of the Sociable Self : Theories and Practices (1650-1850)».

Pour télécharger le CFP avec sa version anglaise : CFP JE Letter & Travel FINAL sans notes

 

Louis Pichot

CFP : “Centre(s), marges, relégation aux XVIIe et XVIIIe siècles dans les îles britanniques, en Amérique du Nord et en France”, JDJC (Rouen, 25-26 sept. 2025)

17e Journées Doctorant.e.s et Jeunes Chercheur.euse.s de la Société d’Études Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles (SEAA 17-18) et de la Société Française d’Étude du Dix-huitième siècle (SFEDS) avec le soutien de la Société d’Étude du XVIIe Siècle, et en partenariat et avec l’appui de   l’Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles (ERIAC), du Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter (CÉRÉdI), et du Groupe de Recherche d’Histoire (GRHis)

Université Rouen -Normandie, 25-26 septembre 2025

Comité d’organisation :
Claire Gheeraert-Graffeuille (ERIAC – URN)
Carine Lounissi (ERIAC – URN)
Floriane Daguisé (CÉRÉdI – URN)
Alice de Nanteuil (ERIAC – URN)
Amélie Briard (CÉRÉdI – URN)
Orlane Drux (CÉRÉdI – URN)
Lucien Grillet (GRHIS – URN)
Alice Marion-Ferrand (IRCL – Montpellier 3)

Comité scientifique :
Sylvaine Bataille (ERIAC, URN)
Marc Martinez (ERIAC, URN)
Christopher Hamel (ERIAC, URN)
Tony Gheeraert (CÉRÉdI, URN)
Laurence Macé (CÉRÉdI, URN)
Stéphane Haffemayer (GRHis, URN)

Du minutieux Atlas de l’Écosse (1654) de Blaeu, à l’ample Monde décrit (1715) de Moll, les XVIIe et XVIIIe siècles se cherchent des repères en redessinant leurs contours épistémologiques. Ce colloque souhaite explorer la façon dont cette époque réorganise les espaces propres et figurés à travers les concepts de centre, de marge et de relégation.

Le centre, d’abord, est un point de convergence et de référence qui, par conséquent, occupe une position de force dans les sociétés. L’entité centrale exige une certaine homogénéité, ou du moins une cohérence de ce qui la constitue, en posant elle-même les frontières qui la délimitent. Ainsi, l’instauration d’un centre remise dans un espace secondaire ce qui ne le constitue pas; pour autant, cet espace reste influencé par l’autorité centrale. Un centre impose son propre système de gravitation, et donc de domination. En France, le régime absolutiste, à son apogée au XVIIe siècle, cristallise tout pouvoir autour de la figure du Roi Soleil. Dès le XVIe siècle, la présence anglaise en Irlande provoque l’effondrement de la pluralité des royaumes dont l’île était émaillée pour mieux asseoir la souveraineté unique de la Couronne. De même, la relocalisation de la cour de Jacques VI/Ier en 1603 déplace de force le cœur névralgique du gouvernement écossais vers l’Angleterre. Il importe de s’interroger sur les stratégies des acteurs qui constituent ce centre, ainsi que sur celles de ceux qui s’y confrontent. La centralisation du pouvoir royal requiert une maîtrise du territoire et un contrôle des sujets. Cela passe par l’instauration de lois, de codes et de repères partagés, qu’ils soient sociaux, culturels ou religieux. Les comédies de Molière, par exemple, ont été essentielles à la construction de l’image de Louis XIV ainsi que du modèle politique et social voulu par celui-ci. En Grande-Bretagne, un siècle plus tard, le Dress Act de 1746 interdit le port du kilt et vise ainsi à mettre fin aux particularismes culturels des clans écossais, décimés à la bataille de Culloden.  

Les marges sont intrinsèquement caractérisées par leur relation au centre. Espace négatif par nature, la marge est ce qui n’est pas au centre, ce qui est excentré, et donc souvent considéré comme étant de valeur moindre. La marge se situe en dehors, au-delà des limites de l’en-dedans définies par le centre. Protéiforme et polysémique, la marge est pensée ici dans ses différents versants, qu’ils soient géographique, politique, fictionnel, symbolique ou encore épistémologique. Sur les plans géographique et politique, les mouvements de centralisation des XVIIe et XVIIIe siècles transforment une multitude de territoires en espaces marginaux : l’Irlande et l’Écosse par rapport à l’Angleterre, la province par rapport à Paris, les colonies et comptoirs par rapport aux métropoles anglaise et française. La marge produit un agencement spatial inédit, ce qu’on peut également constater sur la page de l’objet livre. Les femmes de cette époque, notamment, utilisent souvent les marges comme un terrain d’annotations privilégié, en particulier dans l’intimité de leurs livres d’heures. Ces marginalia se lisent alors comme une sorte de palimpseste du texte officiel. Dans la fiction romanesque ou au théâtre, les personnages tels que les fous, les étrangers, les gouvernantes ou encore les domestiques sont autant de figures souvent reléguées dans les marges, et dont le statut peut avoir une valeur polémique et critique. Les XVIIe et XVIIIe siècles sont aussi hantés par la silhouette dangereuse du dissident : qu’il soit covenantaire, huguenot ou puritain, il choisit la marge par désaccord avec l’orthodoxie. La personne marginale peut même devenir monstrueuse, comme en témoigne le sort réservé aux sorcières ou aux criminels. Par leur aspect décentré, les marges semblent ainsi se situer nécessairement dans l’oblique et le déséquilibre, voire la déviance, comme si le centre générait les conditions de sa propre contestation.

La relégation se définit comme une mise à l’écart, une exclusion du noyau principal, et s’entend plus précisément comme un mouvement de l’espace central vers l’espace marginal. Perçue depuis le centre, la relégation est un processus de déchéance, puisque tout ce qui est extérieur à ce centre semble lui être inférieur. À l’époque de la Rome antique, la relégation était une condamnation législative à l’exil ; l’acception du terme est donc d’abord à la fois légale et spatiale. Dès 1645, nombre de royalistes fuient l’Angleterre et trouvent refuge sur le continent ; ce sera au tour des républicains d’y trouver une terre d’exil à la Restauration en 1660.​​ Les mouvements de relégation reflètent de cette façon l’instabilité des centres qui se désagrègent et se reconstituent. Cependant, bien que le lieu de la relégation soit vécu comme un échec, il peut aussi offrir une certaine sécurité et donc certaines libertés, comme dans le cas du Refuge protestant. De même, Voltaire, exilé pendant de nombreuses années hors de France, trouve dans ces espaces « secondaires » matière à faire mûrir sa pensée. Certaines religieuses bénédictines anglaises, quant à elles, fondent leurs propres couvents sur le continent dès la fin du XVIe siècle. Par la relégation s’articule potentiellement un imaginaire spatial associé à la liberté d’expression et de création. Relégués au-delà du monde connu, les puritains parviennent, aux cours des XVIIe et XVIIIe siècles, à ériger la marge qu’ils occupent en tant que nouveau centre. Les colonies américaines, considérées d’abord comme devant être au service de la métropole, s’autonomisent progressivement jusqu’à rejeter un contrôle trop strict de Westminster. Le centre anglais oscille alors entre relégation et régulation afin de maintenir les colonies dans leur statut marginal. Pourtant, selon Thomas Jefferson dans A Summary View (1774), si les colonies se rallient à la Couronne, c’est par choix. La logique impériale est ici inversée : ce sont les colonies qui créent l’Empire, et non le contraire. La révolution américaine finit de reléguer l’autorité anglaise au second plan. La notion de relégation permet d’examiner les frontières entre le centre et ses marges comme étant mouvantes et non figées. 

De nombreuses impulsions dans l’historiographie récente poussent à un recentrement vers les espaces de marge et de relégation, questionnant ainsi les normes des canons littéraires et historiques. Les Journées des Doctorant.e.s et Jeunes Chercheur.euses 2025 invitent donc à repenser, par le biais de la relégation, le centre depuis la marge, et pas seulement contre celle-ci. Il s’agira ainsi d’envisager les questions de spatialité et de circulation, qui lient les espaces géographiques, culturels et symboliques. Le centre peut-il se définir sans les marges ? Quels instruments le centre utilise-il pour se donner l’autorité de reléguer ? Quel regard l’espace de relégation offre-t-il sur le centre ? La contestation est-elle inhérente à la marge ? 

Le colloque invite à réfléchir à ces questions. Les interventions peuvent aussi s’inscrire, à titre indicatif et non exhaustif, dans les thèmes suivants : 

Conflit et négociation entre centre et marges

– Centralisation et autorité :pouvoir central ; politiques de contrôle ; homogénéisation des cultures politiques ;
– Censure et exil : mécanismes de répression, formes d’exclusion, exils forcés ou volontaires ;
– Espaces de relégation situés au cœur même de la société (prisons, lieux de subversion) ;
– Résistance et résilience des marges : contre-pouvoirs, rébellions, stratégies de contournement ou de transgression ;
– Dissidence et recusancy : pratiques de contestation, figures de l’opposition (intellectuelle, artistique, politique, religieuse …), radicalisation ;
– Opposition relégation / intégration : marginalisation, assimilation ;
–  Relégation et remise au centre historiographique des « minorités » sociales, politiques et religieuses.

Rapport aux territoires et aux hiérarchies géopolitiques

– Paradoxe expansion / centralisation :  tension entre la volonté d’étendre l’influence d’un centre et la nécessité de maintenir un contrôle centralisé ;
– Compétition des centres (empires français/anglais) : rivalités, enjeux de suprématie culturelle et linguistique ;
– Empires et colonies (Amérique du Nord, Caraïbe, politiques coloniales) : domination, organisation des colonies, résistances, émancipations ;
– Territoires et cartographie :construction de l’imaginaire géopolitique ; frontières, zones de contact, redécoupage des espaces.

Marges et champs culturels / littéraires

– Canons et genres littéraires (genres majeurs, genres mineurs) :hiérarchie des genres, marginalisation de certains formats littéraires, évolution du regard critique ;
– Puissance culturelle de la marge :limites du discours scientifique ou littéraire, pratiques en marge des institutions savantes ;
– Rôle des personnages secondaires (théâtre, roman) :place de la figure marginale dans l’intrigue, ressorts narratifs et dramatiques ; portée polémique, épistémologique et idéologique ;
– Altérité, imaginaires fantasmés des marges : construction de l’Autre dans la fiction, stéréotypes et exotisation ;
– Culture matérielle du livre : supports, circulation des œuvres, modes de publication et de diffusion.

Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur de 300 mots environ, ainsi qu’une courte bio-bibliographie, doivent être adressées à l’adresse suivante : jdjc.rouen@gmail.com, pour le 30 mars.  Les notifications d’acceptation seront envoyées aux participants autour du 25 avril. Les Journées Doctorant.e.s et Jeunes Chercheur.euse.s se dérouleront les 25 et 26 septembre 2025 à l’université de Rouen Normandie. La durée des interventions ne devra pas excéder 20 minutes. Une publication des actes du colloque dans le carnet de recherche des doctorant.es de la SEAA 17-18 est prévue.

Potrait de l'autrice, Alice Marion-Ferrand
Alice Marion-Ferrand

 

CFP : “Racines, radicalité, organicité en France et dans le monde anglo-américain aux XVIIe et XVIIIe siècles”, JDJC (Lille, 17-18 oct. 2024)

Journées Doctorant.es et Jeunes Chercheur.euses 2024 de la SEAA17-18 et de la Société Française d’Étude du XVIIIe siècle (SFEDS)

Université de Lille, les 17 et 18 octobre 2024

[English version below]

Organisateurs : Julien Beckaert (CECILLE, université de Lille), Aude Lecimbre (ALITHILA, UdL), Alice Marion-Ferrand (IRCL, Montpellier3), Vanessa Alayrac-Fielding (CECILLE, UdL / SEAA1718), Caroline Jacot Grapa (ALITHILA, UdL / SFEDS)

Comité scientifique : Laurent Châtel (UdL), Aude de Mézerac (UdL), Pierre Labrune (UdL), Émilie Seguin (UdL), Alice Leroy (UdL)

Au cours du XVIIe et XVIIIe siècles, les trois notions de « racines », « radicalité » et « organicité » n’ont cessé d’être pensées, débattues, défendues ou pourfendues dans de nombreux champs disciplinaires relevant de la pensée politique, la religion, la philosophie, l’histoire des sciences, l’esthétique, ou encore l’histoire de l’art. Ces journées se proposent de mettre au jour les dynamiques qu’elles invitent à explorer.

Si racine appartient à différents domaines scientifiques (astronomie, botanique, mathématique et algèbre), l’adjectif radical marque « la source, principe de quelque chose » : en 1694, le Dictionnaire de l’Académie française donne ce bel exemple, « Lumiere radicale, La lumiere d’un corps qui est lumineux par luy-mesme ». Syntagme dont s’est saisi Jonathan Israel dans son ouvrages Les Lumières radicales pour penser à nouveaux frais un mouvement intellectuel critique qui irait de Descartes et Spinoza à Pierre Bayle, qui porte la pensée du 18e siècle. Si le dérivé radicalité n’apparaît qu’au 19e siècle, on peut interroger son sens politique dès le XVIIe siècle. Si la radicalité porte en soi sa propre lumière, elle semble impliquer un mouvement qui empêche tout retour en arrière, une exigence voire une intransigeance qui prend le risque de la violence révolutionnaire.

Bien qu’on puisse estimer que les textes des Philosophes excluent toute forme de radicalité si l’on considère qu’ils souhaitent faire évoluer les consciences vers davantage de tolérance, l’existence de la notion de radicalité est au cœur de leurs textes, qui s’inscrivent dans la tradition des libertins du grand siècle, ce que montre par exemple Claude Morilhat dans son ouvrage La Mettrie : un matérialisme radical ou encore le livre intitulé Les Lumières radicales et le politique sous la direction de Marta García-Alonso. Les écrivains de l’époque semblent pressentir le mouvement révolutionnaire et ils illustrent ce concept tout autant par les thèmes qu’ils abordent que par leur prise de position parfois véhémentes. C’est le cas de Denis Diderot qui, dans ses dernières œuvres, adopte un point de vue de plus en plus radical sur les bouleversements sociaux et politiques des années 1770 et ne s’interdit pas de louer le livre « qui fait naître des Brutus ». Ses prises de position politiques et son soutien « aux insurgents d’Amérique » s’imposent dans ses contributions à l’Histoire des deux Indes de l’abbé Raynal.

Organicité touche au vivant, la notion renvoie au corps comme totalité au sens propre et au sens figuré, organisation et système en développement et en évolution – on renverra au livre de Judith Schlanger, Les métaphores de l’organisme. Ainsi l’image de l’arbre coupé ou déraciné peut évoquer les crises politiques qui, au cours de la période, menacent les soubassements organiques du corps politique, et appellent à sa refondation. Ces différentes notions pourront être envisagées du point de vue de l’histoire intellectuelle, en littérature et dans les arts, et dans des contextes historiques spécifiques de crise ou de révolution.

La notion de radicalité en littérature pourra être envisagée du côté de l’éloquence des écrivains et des Philosophes des Lumières, mais elle entre aussi dans les représentations, dans la construction du personnel romanesque ou dramaturgique de leurs œuvres. Les héros de tous bords, martyrs, prédicateurs, despotes, fanatiques, sont autant de personnages mis sur le devant de la scène qui portent en eux une forme de radicalité. Il pourra être intéressant d’étudier la notion d’un point de vue poétique et rhétorique, et de voir quels rapports elle entretient avec le traitement des passions. De même, on pourra interroger l’intérêt du public pour certaines figures de prédicateurs ou de fanatiques. Voltaire, de sa pièce Le Fanatisme, et Mahomet le prophète en 1741 à son Traité sur la tolérance (1763), écrit pour lutter contre l’intolérance religieuse. Dans sa tragédie Le Fanatisme, et Mahomet le prophète, il reconnaît avoir déformé la vérité historique et radicalisé le personnage pour produire un effet sur le public, ce qui renvoie aux débats sur le principe de bienséance conçu d’après La Poétique d’Aristote. On pourra interroger les enjeux esthétiques des représentations extrêmes – des martyrs, des crimes et des soulèvements par exemple, dans la peinture d’histoire.

Le discours radical regroupe de nombreuses revendications politiques, telles que la tolérance religieuse, la souveraineté populaire, ou encore le suffrage universel. Des puritains des XVIIe et XVIIIe siècles aux chartistes du siècle suivant, du socialisme agraire des Diggers à l’abolition de l’esclavage soutenue par John Cartwright, de nombreux mouvements, dans la rue comme sur les bancs du Parlement, réclament des droits sociaux, religieux ou économiques. Si les radicaux se tournent vers l’avenir lorsqu’ils souhaitent provoquer un basculement vers un nouvel ordre social, ils se référent également au passé afin d’inscrire leur programme dans le sillage de figures tutélaires, historiques ou mythiques. C’est le cas du roi Alfred le Grand, que les radicaux partisans de la réforme parlementaire érigèrent en figure fédératrice, garante des libertés du « freeborn Englishman ». En s’appuyant ainsi sur des racines perçues comme idéales, le radicalisme prône une reconquête de droits jadis obtenus mais peu à peu dévoyés par ce que le conservatisme, auquel il s’oppose, appelle tradition. Celle-ci fut régulièrement défendue par Edmund Burke, notamment dans Reflections on the Revolution in France (1790), comme seul principe capable d’assurer la continuité et la stabilité d’une société.

L’époque moderne est émaillée d’événements illustrant les rapports de force entre des groupes sociaux a posteriori qualifiés de radicaux, tels que les Levellers en Angleterre lors de la première révolution anglaise ou les Jacobins pendant la Révolution française, et les puissances réactionnaires. De la Glorieuse révolution (1688-1689) à la Guerre d’indépendance des États-Unis (1775-1783) et la guerre de la première coalition (1792-1797), des conflits éclatent en Europe et en Amérique. Cet âge dit des révolutions témoigne du déploiement à grande échelle de principes lentement élaborés, notamment par la philosophie des Lumières. Des figures, telles que celle de Thomas Paine, participent de la diffusion de ces idées sur une scène désormais internationale. Ce dernier publie Common Sense en 1776 avant d’être élu député de la Convention pour le Pas-de-Calais en 1792. Rompant avec la couronne anglaise, l’absolutisme ou l’Ancien régime, la Grande-Bretagne, la France et la jeune Amérique plantent alors les graines de nouveaux systèmes représentatifs en rédigeant chartes et constitutions.

Les propositions de communications sont à envoyer avant le 20 juin sous la forme d’un abstract de 300 mots maximum, en français ou en anglais, accompagné d’une brève bio-bibliographie à l’adresse suivante : jdjclille@gmail.com

Roots, radicality, organicity in france and the anglo-american world in the XVIIth and XVIIIth centuries

Post-Graduate Study Days 2024 organised by the SEAA17-18 and the Société Française d’Étude du XVIIIe siècle (SFEDS)

University of Lille, 17th and 18th October 2024

Organisers : Julien Beckaert (CECILLE, université de Lille), Alice Marion-Ferrand (IRCL, Montpellier3) Aude Lecimbre (ALITHILA, UdL), Vanessa Alayrac-Fielding (CECILLE, UdL / SEAA1718), Caroline Jacot Grapa (ALITHILA, UdL / SFEDS)

Scientific Committee : Laurent Châtel (UdL), Aude de Mézerac (UdL), Pierre Labrune (UdL), Émilie Seguin (UdL), Alice Leroy (UdL)

Throughout the XVIIth and XVIIIth centuries, the three notions of “roots”, “radicality” and “organicity” were relentlessly addressed, debated, defended or repudiated in a wide range of disciplinary fields, including political thought, religion, philosophy, the history of science, aesthetics and art history. These post-graduate study days will explore the numerous ways in which these three terms intersect, respond and/or confront one another, by examining them in a dynamic combination.

While the noun “root” belongs to different scientific fields (astronomy, botany, mathematics and algebra), the adjective “radical” denotes “the origin, the principle of something”. In 1694, the Dictionnaire de l’Académie française provided this telling example: “Lumiere radicale, La lumiere d’un corps qui est lumineux par luy-mesme” (“Radical light, the light of a body luminous by itself”). Jonathan Israel used this term in his book Radical Enlightenment to re-think the critical intellectual movement of the Enlightenment ranging from Descartes and Spinoza to Pierre Bayle. Although the term radicalism did not appear until the 19th century, its political meaning can be traced back to the 17th century.

While the Philosophes’ texts might be seen as rejecting any form of radicalism, given their desire to move people’s consciences towards greater tolerance, the very existence of radicality is a central feature of their texts which follow in the tradition of the libertines of the great century, as shown, for example, by Claude Morilhat’s La Mettrie: un matérialisme radical and the book Les Lumières radicales et le politique edited by Marta García-Alonso. Writers of the period seemed to foresee the revolutionary movement. They illustrated this concept both through the themes they tackled and the positions they sometimes vehemently took. This was true of Denis Diderot, who, in his later works, took an increasingly radical view of the social and political upheavals of the 1770s and was not afraid to praise the book “qui fait naître des Brutus” (“which gives birth to Brutus”). His political stance and his support for “the insurgents in America” were evident in his contributions to Abbé Raynal’s Histoire des deux Indes.

Organicity relates to living matter, to the notion of body as a totality in the literal and figurative sense, a developing and evolving organisation and system – see Judith Schlanger’s book Les métaphores de l’organisme. The image of the cut or uprooted tree recalls the political crises that threatened the organic foundations of the body politic over the period and called for its refoundation. These different notions can be considered from the point of view of intellectual history, in literature and the arts, and in specific historical contexts of crisis or revolution.

The notion of radicalism in literature can be considered in connection with the eloquence of the writers and philosophers of the Enlightenment, and is also tackled in many novels and plays of the period. Heroes of all sorts – martyrs, preachers, despots, fanatics – are all characters brought to centre stage who carry a form of radicalism within them. It might be interesting to study the notion from a poetic and rhetorical point of view, and to see how it relates to the treatment of passions. Similarly, we might examine the public’s interest in certain figures of preachers or fanatics. Voltaire, from his play Le Fanatisme, et Mahomet le prophète in 1741 to his Traité sur la tolérance (1763), wrote to combat religious intolerance. In his tragedy Le Fanatisme, et Mahomet le prophète, he admits to having distorted the historical truth and radicalised the character to produce an effect on the public, which brings us back to the debates on the principle of propriety conceived after Aristotle’s Poetics. The aesthetic implications of extreme representations of martyrs, crimes and uprisings could also be explored in history painting.

The radical discourse encompasses a wide range of political demands, such as religious tolerance, popular sovereignty and universal suffrage. From the Puritans of the XVIIth and XVIIIth centuries to the Chartists in the following century, from the agrarian socialism of the Diggers to the abolition of slavery supported by John Cartwright, many movements, in the streets and on the benches of Parliament, called for social, religious or economic rights. While radicals looked to the future when they wished to bring about a shift towards a new social order, they also referred to the past in order to inscribe their programme in the wake of historical or mythical figures. This was the case with King Alfred the Great, who was seen by the radical supporters of parliamentary reform as a unifying figure safeguarding the liberty of the “freeborn Englishman”. By drawing on roots perceived as ideal, radicalism calls for the reconquest of rights that had once been obtained but had gradually been corrupted by what conservatism, to which it is opposed, calls tradition. The latter was regularly defended by Edmund Burke, notably in Reflections on the Revolution in France (1790), as the only principle that could ensure the continuity and stability of a society.

The modern era witnessed a series of events illustrating the balance of power between social groups that have subsequently been described as radical, such as the Levellers in England during the first English Revolution or the Jacobins during the French Revolution, and the reactionary powers. From the Glorious Revolution (1688-1689) to the American War of Independence (1775-1783) and the War of the First Coalition (1792-1797), conflicts broke out in Europe and America. This age of revolution witnessed the large-scale development of principles that had been slowly elaborated, in particular by the philosophy of the Enlightenment. Figures such as Thomas Paine helped to spread these ideas on what was now an international stage. He published Common Sense in 1776 before being elected as a member of the Convention for Pas-de-Calais in 1792. By breaking with the English Crown, absolutism and the Ancien Régime, Great Britain, France and the new America sowed the seeds of new representative systems with the drafting of charters and constitutions.

Proposals for papers should be sent before 20 June in the form of an abstract of 300 words maximum, in French or English, and a brief bio-bibliography to the following address: jdjclille@gmail.com

Potrait de l'autrice, Alice Marion-Ferrand
Alice Marion-Ferrand

CFP: Atelier SEAA1718 au congrès de la SAES 2024

À l’occasion du prochain congrès de la SAES, qui aura lieu du 30 mai au 1er juin 2024 à l’Université de Lorraine (Nancy), l’atelier de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles accueillera des communications portant sur le thème retenu cette année, « Frontières & Déplacements ».

Le texte de cadrage est disponible à l’adresse ci-dessous :

https://congres2024.saesfrance.org/cadrages/textes-de-cadrage/

Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur de 250 mots environ, ainsi qu’une courte bio-bibliographie (250 mots maximum), sont à envoyer simultanément à Nathalie Collé (nathalie.colle[at]univ-lorraine.fr) et à Pierre Lurbe (pierrelurbe[at]gmail.com) avant le 8 décembre 2023.

Les travaux qui seront présentés dans le cadre de notre atelier ont vocation à être publiés, après expertise selon la procédure habituelle, dans la Revue XVII-XVIII. Les articles soumis pour publication devront respecter les normes de rédaction figurant sur le site de la Revue (https://journals.openedition.org/1718/700). Ils seront accompagnés d’un résumé en anglais et en français, de 5 mots-clés en anglais et en français, ainsi que d’une courte notice bio-bibliographique, et devront être remis à cette adresse: rseaa[a]1718.fr avant le 1er novembre 2024.

Louise McCarthy
Louise McCarthy

CFP: “L’Atlantique nord en révolution”, 15ème JDJC (Paris 8, 2023)

Université Paris 8, 22-23 septembre 2023

“L’Atlantique Nord en révolution : transferts, représentations et mémoires, aux XVIIe et XVIIIe siècles”

Les Journées Doctorants et Jeunes Chercheurs 2023 aborderont les questions de transferts, de représentations et de mémoires, dans un contexte de révolutions aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans l’espace atlantique nord. La Grande-Bretagne, la France et leurs colonies atlantiques dans les espaces nord-américains et caribéens furent ébranlées par des révoltes, des rébellions et des épisodes révolutionnaires. Ces bouleversements ont engendré des représentations multiples, dans les champs sociaux, politiques, religieux et artistiques. La révolution est protéiforme. Son sens évolue selon les acteurs et les époques, de la révolution copernicienne à l’idée radicale de la tabula rasa. Nous nous intéressons au temps long de la révolution, aux réactions en chaîne qui secouent les sociétés atlantiques de l’époque moderne en donnant un sens nouveau au mot de liberté. Les révolutions de la fin du XVIIIe siècle trouvent-elles leur origine dans les révoltes parlementaires des années 1640 ? Dans la dissidence religieuse ? Quel rôle les Lumières jouent-elles dans cette transition ? Nous encourageons les communicant.e.s à aborder les questions sémantiques, en travaillant les distinctions entre révolte, rébellion, événement révolutionnaire et révolution ainsi que leurs intéractions.

Nous nous interrogerons notamment sur les influences et les transferts, qu’ils soient littéraires, philosophiques, diplomatiques, artistiques et militaires, entre les différents territoires. À la faveur des réseaux, les échanges transatlantiques ont donné lieu à une circulation des biens, des personnes et des savoirs qui ont contribué à renverser les ordres établis et à accoucher de mouvements révolutionnaires. De John Locke à Thomas Paine en passant par Richard Price et Jean-Jacques Rousseau, comment les idées radicales se diffusent-elles de part et d’autre de l’Atlantique ? La question de la représentation est également au cœur de nombreuses revendications révolutionnaires, mettant en crise les monarchies modernes. Nous entendons la représentation dans un sens large : de la représentation parlementaire (virtuelle ou non) à la représentation de soi et de son groupe. Celle-ci peut être identitaire, donnant une légitimité aux populations qui prennent part aux contestations et choisissent un camp, sans oublier celui de la neutralité. Par-delà les représentations triomphantes qui saturent la littérature et les beaux-arts, on s’intéressera aussi aux discours des perdants, des déçus et des exilés de la révolution, qu’ils soient contre-révolutionnaires ou appartiennent aux groupes lésés, tels que les femmes et les esclaves.

Rétrospectivement, une révolution apparaît tantôt comme une expérience fondatrice, tantôt comme la fin d’un monde; comme un processus tantôt souhaitable, tantôt néfaste. Comment le regard rétrospectif et subjectif sur l’expérience vécue contribue-t-il à construire une mémoire multiple de la révolution dans le long dix-huitième siècle ? Comment le souvenir des révolutions et des mouvements contestataires passés nourrit-il les révolutions modernes ? La célébration de figures et d’événements symboliques contribue aussi bien à créer, qu’à entretenir et à institutionnaliser une mémoire révolutionnaire. Cette mémoire peut être précoce et collective, comme lors de la Fête de la Fédération qui commémore la prise de la Bastille dès 1790, ou bien tardive et privée, comme les mémoires de Toussaint Louverture, publiés de façon posthume en 1853.

Modalités de participation

Les participant.es sont invité.es à réfléchir, entre autres, aux thèmes suivants:

  • Despotisme ; représentation politique ; liberté ; citoyenneté ;
  • Hérésie ; tolérance ; dissidence ;
  • Minorités ; femmes ; esclaves ; Amérindiens ; centre et périphéries ;
  • Identité ; patriotisme ; nationalisme ;
  • Appropriations ; réappropriations ;
  • Révolutions artistiques, technologiques et épistémologiques ;
  • Sources et genres littéraires : pamphlets, théâtre, essais philosophiques, littérature de voyage, correspondance, presse, roman etc.
  • Commerce ; protectionnisme ; libéralisme ;
  • Commémorations ; lieux de mémoire ; mémoire privée et mémoire collective ; toponymie;
  • Continuité ; discontinuité.

Ces journées, destinées aux doctorant.e.s et aux jeunes chercheur.se.s, se tiendront en présentiel les 22 et 23 septembre 2023 dans l’amphithéâtre MR 002 de la Maison de la Recherche à l’université Paris 8, campus de Saint-Denis. Les communicant.e.s à l’étranger sélectionné.e.s qui ne pourront pas se déplacer à Paris auront exceptionnellement l’opportunité de faire une présentation en ligne lors de ces journées. Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur de 250 mots ainsi qu’une courte bio-bibliographie (5 à 10 lignes) sont à adresser avant le lundi 3 avril 2023 à : jdjc23.seaa1718@gmail.com. Une réponse sera envoyée à toutes les propositions la semaine du 2 mai 2023.

Ines Ettaoui
Inès Ettaoui

CFP: atelier 1718 au congrès de la SAES 2023 (Rennes, 1er-3 juin 2023)

À l’occasion du prochain congrès de la SAES, qui aura lieu du 1er au 3 juin 2023 à l’Université Rennes 2, l’atelier de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles accueillera des communications portant sur le thème retenu cette année, « Transmission(s) ».

Le texte de cadrage est disponible à l’adresse ci-dessous :

https://congres2023.saesfrance.org/textes-de-cadrage/

Propositions de communication: modalités d’envoi

Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur de 250 mots environ, ainsi qu’une courte bio-bibliographie (250 mots maximum), sont à envoyer simultanément à Anna Hellier (anna.hellier@univ-rennes2.fr) et à Pierre Lurbe (pierrelurbe@gmail.com) avant le 30 novembre 2022.

Publication

Les travaux qui seront présentés dans le cadre de cet atelier ont vocation à être publiés, après expertise selon la procédure habituelle, dans la Revue XVII-XVIII. Les articles soumis pour publication devront respecter les normes de rédaction figurant sur le site de la Revue  (https://journals.openedition.org/1718/700). Ils seront accompagnés d’un résumé en anglais et en français, de 5 mots-clés en anglais et en français, ainsi que d’une courte notice bio-bibliographique, et devront être remis au rédacteur en chef, Laurent Curelly (laurent.curelly@uha.fr), avant le 1er novembre 2023.

Louise McCarthy
Louise McCarthy

CFP: “Former, éduquer, instruire en France, dans les îles britanniques et en Amérique aux XVIIe et XVIIIe siècles”, JDJC (Brest, 23-24 sept. 2022)

Journées Doctorant.es et Jeunes Chercheur.euses 2022 de la SEAA17-18, en partenariat avec la Société d’étude du XVIIesiècle et la Société Française d’Étude du XVIIIe siècle (SFEDS)

Université de Bretagne Occidentale, Brest – 23-24 septembre 2022

[English version below]

Rationale

L’éducation prend une place centrale dans les îles britanniques et les colonies anglaises d’Amérique au cours du XVIIe siècle, comme en témoignent les écrits de John Milton, John Evelyn, John Eachard ou John Aubrey, ou encore la loi de 1642 de la Massachusetts Bay Colony, toute première loi du Nouveau monde rendant nécessaire l’instruction de la lecture et de l’écriture aux enfants.

Mais l’ouvrage pédagogique le plus emblématique du XVIIe siècle anglais est certainement Some Thoughts Concerning Education(1693) de John Locke. Dans l’épître dédicatoire qui l’introduit, le célèbre penseur anglais fait en ces termes la promotion de son manuel :

The well educating of their children is so much the duty and concern of parents, and the welfare and prosperity of the nation so much depends on it, that I would have every one lay it seriously to heart; and […] set his helping hand to promote every where that way of training up youth, with regard to their several conditions, which is the easiest, shortest, and likeliest to produce virtuous, useful, and able men in their distinct callings ; tho’ that most to be taken care of is the gentleman’s calling. For if those of that rank are by their education once set right, they will quickly bring all the rest into order.  

L’ouvrage, qui connut une large diffusion en Grande-Bretagne comme en France tout au long du XVIIIe siècle, a pour objectif premier de former les parents-éducateurs aux grands principes d’une éducation bienveillante, rationnelle et structurée des enfants, pouvant permettre à ces derniers de cultiver vertu et connaissances, savoir-être et savoir-faire. La finalité de l’action éducative, telle qu’envisagée par Locke, consiste en l’émergence et l’émancipation du sujet éduqué en tant que personne, dans ses dimensions sociale, morale, physique, mais aussi, et surtout, dans ses dimensions civique et citoyenne, l’être en devenir ayant pour mission d’assurer « le bien-être et la prospérité de la nation ». Ce court passage soulève néanmoins quelques interrogations fondamentales : si le propos se veut d’abord générique et inclusif, il y est notamment question de l’éducation des garçons et des jeunes hommes – des jeunes gentilshommes, qui plus est. Quelle place accordait-on, en revanche, à l’éducation des filles à l’époque ? Formait-on filles et garçons de la même façon ? Quelle place tenait l’éducation au sein de familles issues de sphères sociales et économiques moins aisées ?

Ces Journées Doctorant.es et Jeunes Chercheur.euses se proposent d’examiner les façons dont se sont construites les théories pédagogiques et les pratiques éducatives au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, en France, dans les îles britanniques et en Amérique. Les trois axes sémantiques suggérés – former, éduquer, instruire – visent à croiser les approches sur la problématique de la transmission du savoir ; bien qu’étant dissociables, les trois termes, on le voit, sont liés par un socle commun qui établit la relation entre l’apprenant et l’instructeur, mais aussi entre l’apprenant et l’objet de son apprentissage. 

Former, tout d’abord, c’est « façonner », « fabriquer, donner à quelque chose une certaine forme » (CNRTL). Comment fabrique-t-on la jeunesse ? Comment lui donne-t-on naissance, une deuxième naissance en quelque sorte pour qu’elle prenne sa bonne place dans la société ? On peut même aller jusqu’à parler du moule, du façonnage et de la malléabilité des jeunes esprits que l’on souhaite voir adopter des comportements prescrits. Quelle place accordait-on à la bonne conduite en société dans la formation des jeunes gens ? Quelle évolution les manuels de bonne conduite ont-ils connue au cours des deux siècles auxquels nous nous intéresserons ?

« On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation […] Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses. » nous dit Rousseau dans l’Émile. Si former évoque la reproduction d’un schéma, d’un fonctionnement, d’un système, éduquer suggère l’entraînement, l’étude, le développement et l’épanouissement personnel. L’apprenant est au cœur de la notion d’éducation, champ vaste qui a trait à tous les aspects de la vie, des connaissances pratiques ou théoriques aux bonnes manières. 

Instruire, enfin, c’est « former l’esprit », mais aussi, plus spécifiquement, « communiquer un ensemble de connaissances théoriques ou pratiques » (CNRTL). On voit là que ce dernier terme se rapporte davantage au rôle de l’enseignant, du pédagogue et de sa méthode. Qu’en est-il aussi de l’auto-instruction et des moyens qui sont donnés aux apprenants pour s’instruire et se former? 

Former, éduquer et instruire éducateurs et élèves, maîtres et apprentis, parents et enfants, voilà donc le programme auquel se sont consacrés de nombreux philosophes, pédagogues, hommes politiques ou d’Église et littérateurs au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, en Europe et en Amérique. Pourquoi la question de l’éducation et de la formation de la jeunesse, mais aussi des éducateurs devient-elle un enjeu si majeur à cette époque ? Comment y transmet-on les savoirs, comment les acquiert-on à travers ces époques qui ont vu de si grands changements ? Quelles ont été les évolutions dans la formation, l’éducation, l’instruction entre le XVIIe et le XVIIIe siècles ? Peut-on parler de révolution ?

Les domaines touchés par ces questions sont nombreux : sociologie, philosophie, littérature, religion, politique, vie privée et vie publique sont autant de « lieux » où l’on pense, formule, questionne la fabrication de la jeunesse. Quelle a été notamment l’influence des penseurs en France, outre-manche, outre-atlantique – Rousseau, Voltaire, Locke, bien sûr, Godwin ou Fénelon par exemple ? Quel rôle ont joué les femmes érudites – Margaret Cavendish, Mary Astell, Mary Wollstonecraft – dans la lutte pour le droit à l’éducation des jeunes filles? Quel rapport le religieux a-t-il entretenu avec l’instruction aux XVIIe et XVIIIe siècles ? Qu’en-est-il de l’intention édifiante de la littérature et de l’idéal poétique horacien du « dulce et utile » auquel tendaient des romanciers comme Daniel Defoe, Samuel Richardson ou Henry Fielding ? 

Modalités de participation

Les participant.es sont invité.es à réfléchir, entre autres, aux thèmes suivants:

– place accordée à l’éducation des filles et / ou des garçons ; éducation mixte ; discours proto-féministes et promotion de l’éducation des femmes

– écrits pédagogiques (secrétaires, manuels de bonne conduite) et/ ou littéraires (romans didactiques, bildungsroman)

– formation professionnelle et apprentissage des métiers

– discours théorique et pratique scientifique

– discours religieux ; transmissions religieuses et sécularisation

– instruction et propagande

– développement culturel au cours des XVIIe et XVIIIe siècles; exposition des enfants et jeunes à la culture (théâtre, musique, littérature, peinture, circulating libraries)

– sphères sociales et accès au savoir, à l’éducation et à la culture

Les propositions de communication, en français ou en anglais, d’une longueur de 300 à 500 mots, ainsi qu’une courte bio-bibliographie, doivent être adressées à l’adresse suivante: jdjc.seaa1718@gmail.com, avant le 15 mai 2022.

Les notifications d’acceptation seront envoyées aux participants autour du 15 juin 2022.

Les Journées Doctorant.es et Jeunes Chercheur.euses se dérouleront les 23 et 24 septembre 2022 à la Faculté Victor Segalen de l’Université de Bretagne Occidentale à Brest. 

La durée des interventions ne devra pas excéder 20 minutes. Une publication des actes du colloque dans le carnet de recherche des doctorant.es de la SEAA 17-18 est envisagée. Des précisions sur ce point viendront par la suite.

Comité scientifique

Camille Jaouen (doctorante)

Adnana Sava (doctorante)

Alain Kerhervé (Professeur, SEAA1718)

Marie Cécile Schang (Maître de conférences, SFEDS)

Pascale Thouvenin (Professeur, Société d’Étude du XVIIe siècle)

Kimberley Page-Jones (Maître de conférences, SERA)

[English version]

Rationale

Throughout the 17th century, education took up an increasingly central place in the British Isles and in the American colonies. The subject of many works by authors such as John Milton, John Evelyn, John Eachard or John Aubrey, education also came to be seen as a political issue in America and as early as 1642 the Massachusetts Bay Colony passed the first law in the New World requiring children to be taught to read and write.

But the most emblematic work about education in the 17th century is beyond a doubt John Locke’s Some Thoughts Concerning Education (1693). In the dedicatory epistle introducing it, the celebrated English thinker advertises his manual as follows:

The well educating of their children is so much the duty and concern of parents, and the welfare and prosperity of the nation so much depends on it, that I would have every one lay it seriously to heart; and […] set his helping hand to promote everywhere that way of training up youth, with regard to their several conditions, which is the easiest, shortest, and likeliest to produce virtuous, useful, and able men in their distinct callings ; tho’ that most to be taken care of is the gentleman’s calling. For if those of that rank are by their education once set right, they will quickly bring all the rest into order.

The manual – a popular choice both in Britain and in France throughout the 18th century – is aimed at forming the parents-educators to the great principles of a benevolent, rational and structured education of their children, allowing the latter to cultivate virtue and knowledge, social skills and know-how. The whole point of education, from Locke’s perspective, consists in enabling the emergence and emancipation of the educated subject as a person, in its social, moral, physical, but above all, civil and civic dimensions, the person in the making being entrusted with a mission to ensure “the welfare and prosperity of the nation”. This short excerpt raises a few fundamental questions: though Locke’s education principles are at first comprehensive and inclusive, the education he favours is nonetheless aimed at boys and young men – at gentlemen in particular. What was the place of girls’ education in the society of the time? Were boys and girls educated the same way? What place did education have in the lower social and economic spheres of the population?

These 2022 Post-Graduate Study Days set out to explore the broad range of the pedagogical theories and educative practices that were developed throughout the 17th and 18th centuries in the British Isles and in America. The three suggested semantic lines – training, educating, instructing – should allow for a cross-referencing of approaches on how knowledge was passed on from one generation to the next, from a teacher to a pupil or from a parent to a child. Though distinguishable from one another, the three terms stem from a same basis which establishes the relation between the learner and the instructor, but also between the learner and the object of his or her apprenticeship.

To train, first of all, means “to shape”, “to make something or give something a specific shape” (translated from CNRTL). How is youth shaped? How is it begotten so as to allow it to take its rightful place in society? One may even venture to speak of a “moulding” or shaping process and evoke the malleability of the young minds one wishes to shape so as to make them adopt the prescribed behaviours. What was the place of socially sanctioned conduct in the training of young people at that time? What evolution have the conduct manuals seen throughout the two centuries that will be the focus of our symposium? 

“Plants are shaped by cultivation, and men by education. (…) This education comes to us from nature or from men or from things”, says Rousseau in Emile. If training evokes the reproduction of a pattern, an operation or a system, educating suggests practice, study, development and personal fulfilment. The learner is at the core of the notion of education – a broad concept pertaining to all aspects of life, from practical or theoretical knowledge to proper behaviour and good manners. 

Lastly, to instruct means “to form the mind”, but also, more specifically, “to communicate a set of theoretical or practical knowledge” (CNRTL). This last term seems to relate more to the role of the teacher, the instructor and his or her method. But what about self-instruction and the means and resources provided to learners for self-training and independent learning?

Training, educating and instructing educators and students, masters and apprentices, parents and children: these issues became part of the agenda of numerous philosophers, educationalists, politicians, clergymen and men of letters throughout the 17th and 18th centuries, in Europe and North America. Why did the education and training of the youth, but also the training of educators, become such major issues at the time? How was knowledge handed down and spread and how was it acquired at a time that saw such significant changes?  What were the major innovations in terms of training, education and instruction between the 17th and 18th centuries? Can this be called a revolution and, if so, in what sense? 

A large range of areas are concerned with these questions: sociology, philosophy, literature, religions, politics, public life and the private sphere constitute as many “spaces” involved in the shaping of the youth. How and to what extent have Enlightenment thinkers contributed to the development of education in France, across the Channel, across the Atlantic – Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, John Locke of course, but also William Godwin or Fénelon? What role did women scholars – Margaret Cavendish, Mary Astell, Mary Wollstonecraft – play in the struggle for women’s right to education? What impact did religion have on education during the 17th and 18th centuries? Finally, what can be said of the moral and edifying purpose of literature, and of the Horatian poetic ideal of “dulce et utile”, aimed at by novelists such as Daniel Defoe, Samuel Richardson or Henry Fielding? 

Proposal submission

Contributions may address, but are not limited to, the following topics: 

– the place granted to the education of girls and/or boys in the 17th and 18th centuries; mixed-sex education; proto-feminist discourse and the promotion of female education

– pedagogical writing (secretaries, conduct books) and/or fictional writing (didactic novels, bildungsroman)

– professional training and apprenticeship

– theoretical discourse and scientific practice

– religious discourse; religious transmissions and secularisation

– instruction and propaganda

– cultural development during the 17th and 18th centuries; cultural exposure of children and young adults (theatre, music, literature, painting, circulating libraries)

– social spheres and access to knowledge, education and culture

Submissions (title and abstract of 300-500 words) in English or in French, along with a short biographical note (name, surname, email address, affiliation, PhD topic and research field) should be sent to the following address: jdjc.seaa1718@gmail.com by May 15th, 2022.

Acceptance notifications will be sent to participants by mid-June 2022.

The Post-Graduate Study Days will take place on September 23rd and 24th, 2022 at Victor

Segalen Faculty, University of Western Brittany, Brest.  

Presentations should not exceed 20 minutes. 

The symposium will be followed by a publication in the SEAA17-18 Doctoral Students’ Research Blog, on the Hypotheses platform. Further details will be given later. 

Advisory Board 

Camille Jaouen (PhD student, SEAA1718)

Adnana Sava (PhD student, SEAA1718)

Marie Cécile Schang (Senior Lecturer, SFEDS)

Pascale Thouvenin (Professor, Société d’Étude du XVIIe siècle)

Alain Kerhervé (Professor, SEAA1718)

Kimberley Page-Jones (Senior Lecturer, SERA)

Louise McCarthy
Louise McCarthy